Mathématiques et liberté

 

Temps de lecture : 8 min

 

Je viens de terminer la lecture d’un livre intitulé “Millionnaire Fastlane”, de MJ de Marco. Même si le titre et certaines des aspirations de l’auteur sont un tantinet tapageuses (je ne me reconnais pas dans son amour des Lamborghinis par exemple), les concepts financiers qu’on y trouve m’ont paru vraiment pertinents. J’ai donc naturellement eu envie de les partager avec vous ! Et oui, on va parler un petit peu de maths…

 

Don’t panic and stay on board!

 

NB : Cet article est une introduction aux finances personnelles, je ne saurais en aucun cas être tenue responsable si vous claquez votre démission à votre patron·ne demain matin.

 

La richesse, c’est être libre, bien entouré·e, et en bonne santé

Commençons déjà par dire que malgré le titre du livre qui semble dire qu’être riche, c’est forcément être millionnaire, l’auteur donne après quelques chapitres sa description de la richesse.

 

Les piliers qui rendent un humain riche pour MJ de Marco sont les trois “F” :

  • Freedom
  • Family & Friends
  • Fitness

 

L’accent est mis sur le premier pilier, car lorsqu’on dispose d’une liberté de choix et de moyens, il est plus facile de disposer de son temps comme on le souhaite et donc de prendre soin des deux autres piliers.

 

J’aime bien cette description car elle va à l’encontre d’un modèle consumériste dominant dans lequel être riche c’est pouvoir se payer tout, et surtout n’importe quoi. Elle oblige à se poser les bonnes questions, à définir ce qui est essentiel pour nous, en prenant du recul par rapport à la norme et à la frénésie de la société dans laquelle on vit. Certaines personnes en déduiront que pour être riche, il leur faut 3 millions d’euros par an (open champagne, villas et Lamborghinis). D’autres se rendront compte qu’avec 2.000€/mois elles ont largement tout ce qu’il faut pour couvrir leurs dépenses et leurs envies les plus folles (open potager partagé, DIY et cidre bio).

 

Parfois on n’a pas besoin d’une Lamborghini pour être heureux·se… #slowlife

 

Avec un style très “secoue toi et extirpe toi de la médiocrité” assez typique du livre de développement personnel qui te propose une méthode pour devenir riche, Millionnaire Fastlane nous amène ensuite sur le terrain sérieux des chiffres et des équations. Ça devrait paraître évident, car l’argent c’est des chiffres, et gérer des chiffres c’est faire des maths, mais je dois avouer que je n’avais jamais mis les choses en perspective de cette manière.

 

Les trois typologies de parcours vers la richesse (ou pas)

 

Plus qu’une équation, chaque parcours reflète un système de pensée dans lequel vit celui ou celle qui le suit. Le rapport à l’argent, au temps, aux études, au travail dessinent la trajectoire que l’on emprunte ensuite dans la vie.

L’auteur range ces comportements financiers en trois trajectoires :

  • Sidewalk = le trottoir ou le bas-côté
  • Slowlane = la voie lente
  • Fastlane = la voie express

Rentrons un peu dans le détail, et voyons où on se reconnaît !

 

  • Bas-côté (Sidewalk)

Les personnes sur le bas-côté du chemin vers la richesse sont celles qui vivent sans filet. En voulant privilégier aujourd’hui à demain, elles prennent le risque d’être toujours à une facture, une mensualité ou un bulletin de paie de la faillite.

 

Leur équation de la richesse est la suivante :

 

Richesse = Salaire + Endettement

 

C’est l’équation des personnes qui vivent à crédit, qui financent leur niveau de vie par de l’emprunt ou du découvert bancaire. Cette trajectoire ne concerne pas que des ménages à faible niveau de revenus, bien au contraire. On peut très bien avoir une grosse fiche de paie et avoir un comportement de Sidewalker !

 

  • Voie lente (Slowlane)

C’est la voie dite “normale”, celle des salariés qui font un peu attention à leur compte bancaire et à leur avenir. En France on y est un peu obligés par notre système de retraite par répartition, qui de toutes façons ponctionne notre salaire brut pour préparer nos vieux jours (ou pas, on verra). La Slowlane a donc comme objectif de nous fournir, 40 à 45 ans après notre entrée dans la vie active, une rente permettant de ne plus travailler.

 

Dans cette voie, la méthode d’enrichissement est le travail et les intérêts composés :

 

Richesse = Salaire + Intérêts d’épargne

 

Pour se donner quelques chiffres, imaginons un couple qui gagne 4.000€/mois et épargne 1.500€/mois sur un support à 3% net pendant 40 ans. En réinvestissant chaque année les intérêts gagnés, leur épargne atteindra 200.000€ au bout de 10 ans (générant 6.000€ d’intérêts), 480.000€ au bout de 20 ans (14.500€ d’intérêts), et enfin 1,4M€ au bout de 40 ans (40.000€ d’intérêt annuels, ce qui est un peu moins que leur salaire, mais plus que leur niveau de vie, en supposant que celui-ci n’ait pas changé en 40 ans !).

 

MJ de Marco met en avant deux caractéristiques principales de cette voie, qu’on a tendance à oublier tant elle paraît commune et normale, donc rassurante.

 

La première c’est que cette voie est bridée par une limitation de vitesse forte : les gains dépendent du temps. C’est pour cela que devenir rentier/retraité par la Slowlane prend toute une vie de travail.

 

Salaire = Salaire horaire × Temps travaillé (ou Salaire annuel)

Intérêts d’épargne = Épargne × (1+Taux)Temps

 

La seconde c’est que c’est une voie plus risquée qu’on n’a tendance à l’admettre. Pour devenir indépendant financièrement en suivant cette voie, il faut :

  • avoir un salaire
  • dépenser moins que son salaire
  • épargner la différence
  • attendre
  • attendre
  • attendre
  • espérer que rien ne change (avoir toujours un job et un salaire, s’y plaire, avoir toujours une capacité d’épargne, que l’économie assure toujours des taux d’intérêts corrects, ne pas tomber malade, ne pas mourir avant d’arriver à l’âge de la retraite,…)

 

Et quoi qu’il arrive, si on y arrive, on y arrivera vieux. Ce qui est objectivement moins bien que d’y arriver jeune (scoop!). 

 

Mamie est d’accord !

Pour optimiser son cheminement sur la Slowlane, les paramètres sur lesquels on peut jouer sont :

  • le salaire : essayer d’augmenter sa valeur sur le marché du travail en changeant d’entreprise ou en reprenant des études
  • le temps travaillé : faire des heures sup’ (lorsqu’elles sont rémunérées)
  • le niveau d’épargne : vivre frugalement pour augmenter sa capacité d’épargne*
  • le taux d’intérêt espéré : épargner sur des supports avec un niveau de risque plus élevé en espérant un meilleur rendement

*c’est la voie empruntée, de manière badass par Mr Money Mustache, qui a cumulé un haut niveau de revenus (~$100K annuels) avec plusieurs années d’une sobriété assez extrême (en vivant sur 25% de ses revenus environ, et donc en épargnant 75%), et des taux d’intérêts corrects. En tirant tous les curseurs, la Slowlane peut devenir assez Fast, mais la trajectoire de la frugalité extrême ne convient pas à tout le monde (comme on le verra, la Fastlane non plus ne convient pas à tout le monde, sinon tout le monde serait riche).

 

Le réactif limitant (vas-y, on fait de la chimie maintenant) de cette équation, c’est le Temps. On ne peut pas le changer, il est le même pour tout le monde. Tant que le mécanisme d’enrichissement y est enchaîné (on perçoit un salaire en échange de son temps travaillé, on perçoit des intérêts composés en fonction du temps qu’a passé l’épargne à la banque), il est quasiment impossible d’appuyer sur l’accélérateur. La rente arrivera, si tout se passe bien, dans 40 à 50 ans.

 

  • Voie express (Fastlane)

Être indépendant financièrement, c’est avoir des revenus suffisants qui tombent sans qu’on ait besoin de travailler. C’est donc décorréler Temps et Revenus. Comme on l’a vu avec la Slowlane, marier ces deux là c’est comme brider son véhicule en 1ère vitesse. Sans surprise, la Fastlane passe donc par l’entrepreneuriat plutôt que le salariat. Son équation de la richesse ne fait plus intervenir le salaire :

 

Richesse = Bénéfice net + Valeur des actifs

 

Un entreprise qui génère des bénéfices a une valeur égale à plusieurs fois ces bénéfices (un acquéreur potentiel est prêt à payer en sachant qu’il remboursera son investissement en plusieurs années grâce aux bénéfices dégagés). En entreprenant, on peut donc gagner de l’argent une première fois en possédant une entreprise qui génère des bénéfices, et une deuxième fois en la vendant.

 

La légitimité de l’auteur à écrire ce livre vient de sa propre expérience : après avoir cumulé des petits boulots pendant plusieurs années, y compris chauffeur de limousine, MJ de Marco a eu l’idée de lancer une plateforme pour mettre en relation clients et compagnies de location de limousines avec chauffeur. Ses commissions tombaient donc à toute heure du jour ou de la nuit, qu’il travaille ou non. Après avoir développé son site, son réseau de clients et touché jusqu’à $200,000 de revenus mensuels (!), il a revendu l’entreprise pour plusieurs millions de dollars.

 

Toute forme d’entreprise n’est pas compatible avec une décorrélation entre le temps et les revenus. Par exemple si vous décidez d’ouvrir un camion à hot-dog véganes (OK dans le livre ils ne sont pas véganes), vos bénéfices seront bornés par votre temps de travail. Si vous ouvrez une chaîne de camions à hot-dog franchisés, vous toucherez des revenus indépendamment du temps passé.

Je termine cet article un peu long sur les pistes ouvertes par MJ de Marco pour avoir une activité compatible avec la Fastlane :

 

  • La location : Concerne l’immobilier, qu’il appelle la Fastlane 1.0 (pas de rupture technologique ou de geekerie, ça marche depuis longtemps et ça risque de continuer à fonctionner un bon moment), mais aussi le fait de posséder des brevets par exemple. Quand tu possèdes des biens immobiliers et que des gens en ont besoin pour se loger, tu touches des revenus passifs. Low tech, high passivity.

 

  • Les business sur Internet : Avoir une entreprise fondée sur Internet (service web, app,…) permet de démultiplier le nombre de clients potentiels et donc l’ampleur des revenus générés.

 

  • La création de contenu : Tout ce qui va générer des droits d’auteur (écriture, photographie, vidéos,…) et permet de toucher des revenus à un instant t pour un travail qu’on a effectué plusieurs jours, mois, voire années auparavant.

 

  • Les réseaux de distribution : Les systèmes d’affiliation ou de franchise donnent la possibilité de distribuer ses produits sur une large échelle géographique, et donc de toucher plus de clients.

 

  • Les ressources humaines : Ce n’est pas un scoop, c’est même un peu le principe de l’entreprise commerciale, qui vend des produits ou des services, embauche des salariés, et dégage une marge.

 

Le chemin vers l’indépendance financière, c’est donc une délicate (mais pas impossible) mayonnaise à monter entre volonté (savoir où on veut aller, pourquoi et comment), création de valeur et consolidation de patrimoine. J’en retiens que la différence principale entre la Slowlane et la Fastlane, c’est le rapport au temps : est-on persuadé d’en avoir tout plein devant nous ? ou a-t-on le sentiment que c’est notre ressource la plus rare et la plus précieuse ?

 

Cette lecture me fait aussi revoir mon rapport à la sobriété volontaire : c’est un style de vie qui peut permettre de vivre bien en dessous de ses moyens, et donc d’épargner, tout en étant plus respectueux·se des ressources de la planète, mais à moins de la pratiquer à fond (en épargnant plus de 50-70% de ses revenus) ou de l’intégrer dans un projet entrepreneurial plus large, elle ne permet pas seule d’atteindre rapidement l’indépendance financière.

Quand les maths te font réaliser que sobriété volontaire et indépendance financière ne riment pas toujours !

 

Et pour vous, être riche c’est quoi ? Vos choix actuels sont-ils en train de vous rapprocher de cette définition ou de vous en éloigner ?

 

3 commentaires sur “Mathématiques et liberté

    1. Merci pour votre message. C’est vrai que je ne parle pas du troc, mais disons que cela pourrait s’inscrire dans une stratégie de sobriété pour vivre avec moins d’argent !

  1. Hello,
    Joli article !
    – Il y a un pré-supposé qui est que « travailler, c’est perdre en liberté / vivre moins bien ». Ca se discute.
    – J’aimerais beaucoup que l’article en dise un peu plus sur les pistes suggérées par le livre pour se lancer sur la fastlane.

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