Acheteuse végane / Mangeuse flexi

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Dès qu’on parle alimentation, chacun a son mot à dire sur ce qui est bien, pas bien, pour la santé, pour la planète, pour les animaux, pour le respect des choix individuels, etc. En particulier en France, c’est un sujet qui soulève les passions.

Il faut donc prendre cet article pour ce qu’il est : un aperçu de ma manière de réfléchir à mes choix de consommation alimentaire, pour les faire évoluer vers une meilleure adéquation avec mon éthique. Certain·e·s trouveront que je vais trop loin, d’autres pas assez, vous avez le droit d’avoir votre avis, vous avez même le droit de m’en faire part dans les commentaires en bas de page, de préférence avec bienveillance et quelques arguments pour faire réfléchir 😉 (j’aime les arguments)

 

Étiquettes et trucs en -isme

Quelques définitions (issues du Larousse) avant de commencer :

  • végétarisme : régime alimentaire excluant toute chair animale (viande, poisson), mais qui admet en général la consommation d’aliments d’origine animale comme les œufs, le lait et les produits laitiers (fromage, yaourts)
  • végétalisme : régime alimentaire excluant tout aliment d’origine animale
  • véganisme : mode de vie alliant une alimentation exclusive par les végétaux (végétalisme) et le refus de consommer tout produit (vêtements, chaussures, cosmétiques, etc.) issu des animaux ou de leur exploitation
  • consumérisme : mouvement visant à donner aux consommateurs un rôle actif au niveau économique et social

Je pourrais boucler cet article en une phrase en disant que « mon véganisme est un consumérisme », mais il est probable que la formulation ne soit pas limpide…

trop de -ismes dans la même phrase

Côté théorie et éthique

J’essaie, autant que faire se peut, d’éviter de consommer des produits dont la fabrication a nécessité de faire souffrir et/ou de tuer des individus qui n’en demandaient pas tant. Lorsqu’une alternative « cruelty free » existe, je vais la privilégier, que ce soit pour l’alimentation ou pour les autres achats (spoiler : la plupart du temps, une alternative existe).

Mes convictions éthiques se rapprochent donc fortement de celles des véganes et des antispécistes.

Pour autant, je ne suis pas végane.

En effet, ce que je recherche en n’achetant pas de produits d’origine animale, c’est de ne pas financer la souffrance ou la mort inutile d’animaux sentients. C’est en ce sens que cela s’inscrit davantage comme un consumérisme, c’est-à-dire un boycott des produits dont la fabrication heurte mes valeurs, que comme un régime alimentaire.

 

Ce qui m’importe, ce n’est pas de manger ou de ne pas manger tel produit, c’est d’acheter ou de ne pas acheter ce produit.

 

Un peu comme les véganes qui n’achètent pas de nouvelles chaussures en cuir, mais continuent d’entretenir et de porter celles qu’ils ou elles possédaient avant leur prise de conscience. Sur l’habillement, on ressent aisément que le problème n’est pas de porter, c’est d’acheter. J’applique la même chose à l’alimentation.

Côté pratique et consommation

Mes pratiques de consommations ont beaucoup évolué (depuis une première prise de conscience en 2014/2015) au fur et à mesure que mes réflexions éthiques progressaient. Elles évoluent encore, et rien n’est donc figé parmi ce qui suit…

  • À la maison

Lorsque je suis chez moi et que je fais mes courses, je mange végétalien. La transition n’a pas été de toute simplicité, il a fallu réinventer toutes mes recettes, mais c’est avec beaucoup de plaisir gustatif que je découvre et fait découvrir quelques recettes véganes désormais classiques (coucou le houmous maison, le pâté olives / tofu fumé et le parmentier de patates douces aux lentilles).

  • Au restaurant

Si possible j’essaie d’influencer le choix du restaurant pour être sûre d’avoir au moins une option végétalienne (et comme en général c’est la seule, je passe beaucoup moins de temps qu’avant à regarder la carte !). Les sites internet comme VegOresto ou HappyCow sont très utiles dans ces situations.

Sinon, je navigue comme je peux dans le menu en gardant en tête deux objectifs :

  1. minimiser la souffrance induite par la préparation de mon plat
  2. faire semblant que tout cela est très simple pour ne pas rebuter d’éventuels débutants au végéta*isme

moi dans un restaurant sans option végétalienne

Et les deux objectifs sont vraiment importants pour moi, évoluant dans un milieu relativement ouvert à la question de la réduction de la consommation de viande, mais n’ayant pas du tout franchi le pas du végétarisme.

Concrètement, cela signifie qu’au restaurant je peux accepter de manger des plats contenant des produits laitiers, ou des coquillages, pour lesquels le doute subsiste quant à la capacité à ressentir la souffrance (un peu de lecture à ce sujet ici). Pour les produits laitiers, je considère que cela est une phase de transition, et je souhaite à terme éviter de financer cette industrie, que ce soit à la maison ou au restaurant.

  • En famille / Chez des amis

Là on arrive précisément dans la zone de la nourriture que je n’ai pas achetée moi-même… Si mon objectif en tant que consommatrice est de ne pas financer les produits issus de la souffrance animale, je ne peux pas exiger de mon entourage qu’il partage cet objectif (je peux juste le souhaiter très très fort). Au début de ma transition alimentaire, j’arrivais encore à consommer viande ou poisson lorsque j’étais invitée, dans l’idée d’être polie et de ne pas déranger. Mais depuis, je dois dire que l’adage « voir son steak comme un animal mort » (titre du livre de Martin Gibert) a fait son bout de chemin dans ma tête, et que l’idée même d’en manger me dégoûte. Et étant plus à l’aise avec le sujet, j’ai moins peur de déranger.

Puisque je sais que je ne mangerai pas ma portion, je préfère donc désormais avertir gentiment les personnes qui me reçoivent en avance pour qu’ils ne l’achètent pas. Je propose par la même occasion d’apporter quelque chose ou de les aider à trouver des idées. Il est déjà arrivé que le menu devienne végétarien pour tout le monde. Et il est déjà arrivé que je débranche mon cerveau pour ne pas vexer des personnes que j’apprécie mais avec qui la communication à ce sujet a un peu de mal à passer. Avec bienveillance et pédagogie, ça viendra…

 

« Ah je vois, alors tu es flexitarienne » (nope)

Le flexitarisme est défini comme une pratique alimentaire consistant à être flexible dans la pratique végétarienne. Mais si les végétariens et les véganes sont concernés par la condition animale, les flexitariens, eux, envisagent généralement leur diminution de consommation de viande dans une optique « en manger moins mais mieux ». Ce choix alimentaire s’accompagne de réflexions sur les conséquences environnementales (émissions de gaz à effet de serre liées à l’élevage,…), santé (pesticides), etc. Un·e flexitarien·ne a conscience que sa consommation de produits animaux a un prix écologique et éthique. Sa manière d’adapter son régime alimentaire est alors de se tourner vers des produits bio, de saison, non-transformés, et des viandes ou poissons labellisés (poulet « fermier » d’élevage, pêche « responsable »,…), plus chers donc consommés plus rarement.

Je ne nie absolument pas l’intérêt que peut avoir cette démarche, qui me paraît facilement accessible au plus grand nombre et peut donc avoir des conséquences importantes sur les volumes d’achats de viande et de poisson. Mais l’idée qu’une consommation de viande « raisonnée » puisse être éthique fait que je ne m’y reconnais pas.

 

Finalement il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas réductibles à notre manière de consommer. Ne pas avoir d’étiquette (et ça tombe bien, parce que je crois qu’il n’y en a pas pour qualifier ma manière actuelle de penser et de consommer), c’est aussi s’assurer qu’on continue à réfléchir et à être ouverts d’esprit pour trouver le mode d’alimentation et de consommation qui nous paraît le plus pertinent.

Si vous êtes arrivé·e jusqu’ici (bravo !) et que vous voulez aller plus loin, je vous recommande la lecture du blog The Vegan Strategist tenu par Tobias Leenart (en particulier sur ce sujet, l’article Go post-vegan, en anglais).

 

Et vous, vous sentez-vous à l’aise avec ces étiquettes qui vous définissent en fonction de votre manière de vous alimenter ? Vous présentez-vous aisément comme végéta*ien·ne / flexitarien·ne / végane ?

 

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